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Vivant dans une joie miraculeuse et charismatique l’une des pages les plus noires de l’Histoire, une jeune juive hollandaise de vingt-neuf ans s’apprête à être déportée avec une liberté d’esprit surprenante face aux événements et face à elle-même. Jour après jour, dans un combat lumineux et singulier pour rencontrer la vérité et la réalité telle qu’elle est, elle confie à son journal son cheminement mystique et son inébranlable parti pris d’espérance : la vie est “belle et pleine de sens” à chaque instant.

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" Quelque chose est en train de se passer en moi, et j'ignore s'il s'agit d'un simple changement d'humeur ou d'une mutation essentielles. On dirait que d'un seul coup j'ai retrouvé une base solide. J'ai acquis un peu d'autonomie et d'indépendance. J'aimerai répéter ici ce que je murmurais à part moi hier soir, en passant à bicyclette :

" Mon Dieu, prenez-moi par la main, je vous suivrai bravement, sans beaucoup de résistance. Je ne me déroberai à aucun orages qui fondront sur moi dans cette vie, je soutiendrais le choc avec le meilleur de mes forces. Mais donnez-moi de temps
à autre un court instant de paix. Et je n'irai pas jusqu'à croire, dans mon innocence, que la paix qui descendra sur moi sera éternelle, j'accepterai l'inquiétude et le combat qui suivront. J'aime à m'attarder dans la chaleur et la sécurité, mais je ne me révolterai pas lorsqu'il faudra affronter le froid, pourvu que vous me guidiez par la main. Je vous suivrait partout et je tâcherai de ne pas avoir peur. Où que je sois j'essayerai d'irradier un peu d'amour, de ce véritable amour du prochain qui est en moi. (Mais ne va pas te targuer de cet " amour du prochain ", Tu ignores si tu le possèdes vraiment.) Je ne veux rien être de spécial. Je veux seulement tenter de devenir celle qui est déjà en moi, mais cherche encore son plein épanouissement. Il m'arrive de croire que j'aspire à la retraite du couvent. Mais c'est dans le monde et parmi les hommes que j'airai à me trouver.
 
Je m'engage à épuiser les possibilités de cette vie et à progresser coûte que coûte. Il me semble parfois que ma vie ne fait que commencer. Que les difficultés sont encore à venir, même si je crois en avoir déjà affronté bon nombre. Je vais étudier, tâcher de pénétrer en profondeur la réalité... jusqu'au jour où plus rien ne pourra me troubler, où j'aurai développé un très grand équilibre, assez solide pour me permettre d'évoluer dans toutes les directions.... En tout cas, ne jamais s'abuser soi-même sur quoi que ce soit. Et savoir garder la mesure. Et ta seule mesure, c'est toi-même.
 
J'ai l'impression, jour après jour, d'être mise dans un grand creuset, et pourtant d'en ressortir chaque fois.
Il est des moments où je pense : ma vie va complètement de travers, j'ai commis une faute quelque part, mais cela n'est vrai que si l'on a en tête un modèle de vie particulier, en comparaison duquel la vie réelle, celle que l'on mène paraît fautive...
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Hier matin, en marchant dans le brouillard, j'ai retrouvé ce sentiment : j'ai atteint les limites, j'ai déjà tout vu, tout vécu, pourquoi vivre plus longtemps ? Je sais parfaitement à quoi m'en tenir, je n'irai pas plus loin désormais, les limites se rapprochent et au-delà il n'y a plus que l'asile d'aliénés. Ou la mort ? Mais mes pensées n'allaient pas si loin. Le meilleur remède contre ces états dépressifs : ingurgiter un chapitre de grammaire particulièrement coriace ou dormir. La seule forme d'accomplissement qui me soit réservée dans cette vie : m'oublier toute entière dans un morceau de prose ou dans un poème à conquérir de haute lutte sur moi-même, mot après mot. Pour moi, un homme ne représente pas l'essentiel. Peut-être parce que j'ai toujours eu beaucoup d'hommes autour de moi ? J'ai parfois l'impression d'être repue d'amour, mais en un sens bénéfique. A vrai dire, la vie m'a toujours été douce, et continue à l'être...

Hetty Hillesum ( une vie bouleversée )

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Etty Hillsemum a payé le prix pour être médiatrice, montrer une route : entre 1941 et 1943, en deux ans, de façon extrêmement concentrée, elle a prouvé qu’en tenant tête au mal, en rassemblant des forces dispersées et en s’approchant du silence intérieur, on se rapproche d’une force vive, imprenable. La libido mal maîtrisée et possessive de ses jeunes années n’était qu’un appel de la vie au don de soi, Etty peut désormais se laisser toucher par tout. “Je ne hais personne. Je ne suis pas aigrie. Une fois que cet amour de l’humanité a commencé à s’épanouir en vous, il croît à l’infini.” Sur la carte postale qu’elle griffonna avant d’être embarquée dans une bétaillère et qui fut retrouvée par des paysans, elle écrit ces derniers mots : “J’ouvre la Bible au hasard et trouve ceci : le Seigneur est ma chambre haute.” Elle et les siens seraient partis en chantant.

Etty a su “s’expliquer”, même avec la barbarie : “La saloperie des autres est aussi en nous. Et je ne vois pas d’autre solution que de rentrer en soi-même et d’extirper de son âme tout cette pourriture. Je ne crois plus que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur, que nous n’ayons d’abord corrigé en nous. L’unique leçon de cette guerre est de nous avoir appris à chercher en nous-mêmes et pas ailleurs.”

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