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Réflexions sur l’impermanence et la mort

Chaque instant de notre vie a une immense valeur. Pourtant, nous laissons s’écouler le temps qui nous reste comme de l’or fin entre nos doigts. Quoi de plus triste que de se retrouver les mains vides à la fin de sa vie ? Sachons reconnaître le caractère inestimable de chaque seconde de vie. Soyons assez intelligents pour décider d’en faire le meilleur usage, pour notre bien comme pour celui des autres. Avant tout, dissipons l’illusion qui consiste à croire que nous avons “ toute la vie devant nous ”. Cette vie passe comme un rêve qui peut s’interrompre à tout moment. Consacrons-nous donc sans plus attendre à l’essentiel pour ne pas être rongés de regret à l’heure de notre mort. Il n’est jamais trop tôt pour développer nos qualités intérieures.

La nature éphémère de toute chose se présente à nous sous deux aspects : l’impermanence grossière - le changement des saisons, l’érosion des montagnes, le vieillissement du corps, les fluctuations de nos émotions - et l’impermanence subtile, qui se manifeste au niveau de la plus petite unité de temps concevable. À chaque instant infinitésimal, tout ce qui semble exister de façon durable change inéluctablement. C’est à cause de cette impermanence subtile que le bouddhisme compare le monde à un rêve, une illusion, un flux perpétuel et insaisissable.

Si la pensée de la mort doit sans cesse habiter l’esprit du pratiquant, elle ne doit pas pour autant le rendre triste ou morbide, mais au contraire l’inciter à employer chaque minute de sa vie pour accomplir la transformation intérieure à laquelle il aspire. Nous avons tendance à nous dire : “ Je vais d’abord régler mes affaires actuelles, mener à terme tous mes projets, et une fois tout cela fini, j’y verrai plus clair et pourrai me consacrer à la vie spirituelle ”. Mais en raisonnant ainsi, nous nous leurrons de la pire des manières, car non seulement notre mort surviendra infailliblement, mais le moment et les circonstances qui la provoqueront sont absolument imprévisibles. Toutes les situations de la vie ordinaire, le simple fait de marcher, manger ou dormir peuvent soudain se transformer en causes de mort. C’est ce que le pratiquant sincère doit toujours garder à l’esprit.

Au Tibet, les ermites qui allument leur feu le matin s’entraînent à penser qu’ils ne seront peut-être plus là le lendemain pour en allumer un autre. Ils considèrent même qu’ils ont de la chance si, après chaque expiration, ils peuvent inspirer de nouveau. La pensée de la mort et de l’impermanence est pour eux l’aiguillon qui les encourage chaque jour à poursuivre leur pratique spirituelle.

Tiré de Chemins Spirituels, Petite anthologie des plus beaux textes tibétains, Matthieu Ricard, NiL Editons

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En novembre 78, j'avais 24 ans, je rencontrais Matthieu Ricard dans l'avion qui m'emportait en Inde puis au Népal. Une longue correspondance de près de 24 heures à Moscou nous permit de discuter un peu, avec un groupe de jeunes voyageurs comme moi coincés en Russie, sur les idées bouddhistes de ce moine qui partait au Népal terminer sa formation de moie : trois ans, trois mois et trois jours. Nous avions eu droit à la visite de Moscou pour faire passer la longue attente, et je me souviens qu'il faisait si froid que mes doigts restaient collés sur les montants métalliques du car qui nous avait fait faire le tour de la ville et découvrir ainsi les plus beaux monuments. Nous étions époustouflés de voir des baigneurs dans la grande piscine en plein air qui avait remplacé une basilique ( qui fut je crois reconstruite par la suite ) alors qu'il faisait près de moins 50 par ce mois de novembre particulièrement rigoureux.

Je ne sais pas si Matthieu Ricard avait fait parti de cette expédition dans la capitale mais dans l'aéroport nous avions passé quelques heures à discuter et mon seul souvenir est celui de la simplicité de ce personnage qui nous avait parlé de l'égo, source de bien des maux. Celui-ci, dans toute sa modestie ne s'était pas présenté comme étant le fils d'un philosophe connu et ce n'est que bien plus tard que je réalisais que j'avais rencontré ce sage bouddhiste français.

Bichau

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Matthieu Ricard voyage en Inde pour la première fois en 1967, où il rencontre des maîtres spirituels tibétains dont son maître Kangyour Rinpoché[1]. Après sa thèse en génétique cellulaire à l'Institut Pasteur, sous la direction du Pr. François Jacob (Prix Nobel de médecine), il décide de s'établir dans l'Himalaya où il vit depuis 1972, étudiant et pratiquant le bouddhisme tibétain auprès de grands maîtres spirituels, Kangyur Rinpoché puis Dilgo Khyentse Rinpoché[2]. Il devient bonze en 1979[3].

En 1980, grâce à Dilgo Khyentsé Rinpoché, il rencontre pour la première fois le Dalaï-lama, dont il devient l'interprète pour le français à partir de 1989[4].

Il est l’auteur en 1997, avec son père, d'un dialogue, Le Moine et le Philosophe, traduit en 21 langues; avec l'astrophysicien Trinh Xuan Thuan, de L'infini dans la paume de la main; de Plaidoyer pour le bonheur, du conte spirituel La Citadelle des Neiges et de L'art de la méditation.

Il a également traduit du tibétain de nombreux ouvrages dont La Vie de Shabkar, Les cent conseils de Padampa Sanguié, Au seuil de l'Éveil, La fontaine de grâce, Au coeur de la compassion et Le trésor du coeur des être éveillés.

Il consacre l’intégralité de ses droits d’auteurs à une trentaine de projets humanitaires menés à bien au Tibet, au Népal et en Inde (cliniques, écoles, orphelinats, ponts), sous l'égide de l'association Karuna [5].

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