Trouvé sur Agoravox, excellente analyse, à lire jusqu'au bout si possible.

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La fabrication à la chaîne des cerveaux dans la société française contemporaine et nos prédéterminations socio-historiques

Aristote, l’un des penseurs antiques le plus célèbre de la philosophie politique occidentale que l’Histoire ait retenu, aurait écrit que "l’Homme est un animal social ".

Vraisemblablement,  cet homme écrivait à une époque où l’individualisme généré par la  globalisation néolibérale et l’esclavage aliénant sans chaînes des temps  modernes n’existaient pas encore. L’Homme d’aujourd’hui est certes un  animal social par nature, puisqu’il a besoin d’échanger avec ses  semblables pour se cultiver, se développer, survivre, et l’environnement  devient hostile pour qui vagabonde en autarcie. Mais l’humain est  surtout devenu un animal moderne drogué à la technologie, et à la  multitude de petits gadgets électroniques (GPS et autres passes temps  reliés aux satellites, aïe phone, aïe pad, aïe pod) dont on parvient à  se convaincre qu’ils sont utiles à l’évolution humaine une fois  qu’écoulés sur le marché des biens, que les nouveaux besoins créés par  les entreprises ont été comblés.

C’est  l’Histoire d’un animal aveuglé qui vit le fil à la patte, par procuration, connecté à la matrice du système dans un cyberespace numérisé où l’échange, en phase de désolidarisation chronique, s’organise désormais seul, les yeux rivés devant un écran à communiquer virtuellement sous surveillance pour satisfaire des besoins sociaux biaisés dans une spirale chronophage. Le lien social et les relations humaines qui l’accompagnent au 21ème siècle, articulés autour  des échanges virtuels, relèvent plutôt de la pathologie collective et chronique d’une apocalypse sociale que d’une société en émancipation. Ce   que l’on nomme progrès technique permettant de démocratiser l’accès des  biens, (et pérenniser le pouvoir des entreprises et leur totalitarisme  économique), et dont l’humain aurait pu s’en servir plus intelligemment,  est le vestige d’une belle route délabrée parsemée de crevasses dans un  paysage chaotique, et dilapide chaque jour un peu plus les sentiments  collectifs d’appartenance à des classes sociales. Le système d’économies  d’échelle (productivisme, abondance des produits sur un marché, forte  offre stimulant la demande et baisse graduelle des prix de vente,  consommation accrue, et excédents nets d’une entreprise plus important permettant soit l’investissement, soit l’embauche) permettant l’accès aux biens de consommation secondaires à plus de population peut-être bénéfique, mais en étant en conséquence, nombreux à être reliés sous hypnose à la même machine, le virage vers l’autisme social est facile à prendre. Sans parler des dangers que provoquent le productivisme pour les écosystèmes qu’il ravage, cela éloigne des esprits des dominés leurs ennemis jurés de classe qui, toute   lutte sociale considérée par leurs maîtres comme datant d’un autre siècle, obtiennent légitimité et impunité pour oppresser, exploiter, assassiner.

Dans  l’hypnose collective, psychotique, autoalimentée par un système   schizophrène vendant du rêve vicié en spots publicitaires, tel un psychiatre refourgue des neuroleptiques à ses malades, la mondialisation   de la cécité impliquée par le système capitaliste néocolonialiste permet de faire croire à une antilope apeurée que la lionne qui lui court après ne lui veut que du bien. Et nous marchons, tête baissée, dans l’espoir de rejoindre la tête du cortège, pour parader et se pavaner avec ceux qui nous ont crevé les yeux.

Je  sais que les lecteurs de ces paragraphes se diront qu’il s’agit encore  d’un obscurantiste nihiliste refusant en bloc les progrès d’une société  qui n’a jamais autant créé de richesses et proposé de confort et de  bien-être sanitaire, social et matériel à sa population…du moins pour  ceux qui comme nous, avons la chance d’être né sous ces latitudes.   Autant répondre d’avance que ce n’est pas parce qu’on critique l’arrogance, le cynisme et le chantage de celui qui nous tend le pain que nous ne le mangeons pas. Et d’ajouter qu’il serait temps de savoir utiliser les moyens de production de notre temps d’une manière saine, équitable, écologique, et dans un sens de redistribution à tous des fruits de la richesse produite, au lieu de laisser les renards décider de la vie ou de la mort des habitants de la bergerie.

Revenons  à nos moutons, il est, de fait préférable que chaque cerveau soit le  plus souvent branché sur ces appareils qui rythment nos vies, car chaque  seconde, chaque minute qui s’écoule devant un gadget technologique est  du temps de réflexion en moins pour penser à une autre société moins  destructrice, moins déshumanisante. Donc du temps de gagné pour le  système global capitaliste. Bien heureusement, cette addiction à la  technologie n’a pas contaminé tout le monde. Mais cette pathologie  cancéreuse de l’échange social touche de plus en plus de personnes.  Encore faut-il savoir se servir à bon escient des fruits donnés par  l’arbre malade qu’est le système productif. Même le temps passé prostré  devant cet écran à rédiger ce modeste article est un frein à l’action  collective, puisque son auteur demeure figé, statique comme une pierre,  et ces quelques mots n’ont aucune influence pour construire un monde  meilleur dans l’immédiat, si ce n’est que les mots qu’il contient  peuvent juste espérer un jour servir à faire tomber quelques pierres de  l’Empire Babylonien voir le lien