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Que la terre est belle ! Comme tout ce qu'elle produit sans fin -les rochers, les torrents, les arbres, l'herbe, les fleurs- est beau ! Seul l'homme l'attriste. Lui seul se détruit lui-même. Lui seul exploite son voisin, tyrannise et tue. Il est l'être le plus malheureux et souffrant, le plus inventif aussi, conquérant du temps et de l'espace. Mais malgré son pouvoir, malgré la beauté des temples, des cathédrales ou des mosquées qu'il a construits, il vit dans sa propre obscurité. Ses dieux sont ses peurs, et ses amours sont ses haines. Dans quel monde merveilleux nous pourrions vivre s'il n'y avait pas la peur et la guerre !

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Le riche a plus qu'il ne lui faut, alors que le pauvre a faim, lutte et travaille toute sa vie. Mais celui qui n'a rien fait de sa vie une chose riche, créatrice, cependant que celui qui possède tout ce que le monde peut offrir le dissipe et dépérit. Donnez à l'un un arpent de terre et il le rendra beau, productif, alors qu'un autre le négligera et le laissera se dessécher comme il se dessèche lui-même. Nous avons une aptitude infinie soit à trouver l'indicible, soit à apporter l'enfer sur terre. Or l'homme préfère engendrer l'hostilité et la haine. C'est qu'il est plus facile de haïr et d'envier. La société repose sur le désir d'avoir toujours plus. Les hommes recourent donc à toutes les formes possibles de rapacité, d'où une lutte sans fin, que l'on justifie et ennoblit.

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Une vie sans combat, sans désir propre, sans choix, est d'une richesse infinie. Mais il est quasi impossible de la mener dans notre civilisation née de la compétition et de l'exercice de la volonté. Pour la plupart des hommes, elle équivaut à la mort ; une vie sans ambition est pour eux dépourvue de sens. Et pourtant une telle vie existe ; elle apparaît lorsque cesse l'exercice de la volonté...

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Nous désirons la liberté et, curieusement, nous faisons tout pour nous rendre esclaves, nous perdons toute initiative, nous demandons à d'autres de nous guider, de nous rendre plus généreux, plus paisibles, nous nous en remettons aux gouroux aux directeurs spirituels. Nous n'avons rien, nous nous tournons vers les autres pour nous distraire, nous inspirer, nous guider, nous sauver. La civilisation moderne nous détruit de plus en plus, nous vidant de toute créativité. Comme nous sommes vides, et comptons sur les autres pour nous enrichir intérieurement, nos voisins en profitent pour nous exploiter, à moins que nous tâchions de profiter d'eux...

Krishnamuriti (Lettres à une jeune amie)

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