15 08 2010

Science sans Conscience en Sarkozia


Georges Charpak et d’autres scientifiques invitent à renoncer au réacteur à fusion nucléaire Iter un titre pour le moins clair et sans équivoque. Quel est le problème? Ce fameux projet né d’un accord international entre la Communauté européenne de l’énergie atomique (Euratom) et 6 pays (Chine, Inde, Japon, Corée du Sud, Russie et USA), projet au coût exorbitant qui se chiffre en dizaine de milliards d’euros, vise normalement à découvrir une nouvelle forme plus propre et bon marché de générer de l’électricité. Sauf qu’il semble être géré en dépit du bon sens.
En tout état de cause, la première mauvaise nouvelle, ce que reproche Charpak et le collège de scientifiques qui s’associent à cette diatribe, c’est la déduction des sommes investies dans Iter aux autres budgets de la recherche. En somme, le gouvernement s’amuse à déshabiller Jacques pour habiller Paul.
Or le succès du programme Iter, est par essence, impossible à prévoir. Nous sommes dans le domaine de la Recherche et comme le précise le prix Nobel de physique, la première des difficultés sur les 3 que comptent la fusion nucléaire, ne sera étudiée qu’en 2019 (sic!) Comment alors justifier l’abandon des autres secteurs de la recherche scientifique au profit d’un seul programme? Une hérésie pure qui ressemble à s’y méprendre à l’adage « mettre ses oeufs dans le même panier »
Malheureusement la polémique lancée par ces courageux scientifiques est retombée aussi sec, les rédactions préférant se rassasier en plein été de sujets faciles tels que l’insécurité.
Rappelons que le projet Iter a été initié bien avant l’accession au trône de Nicolas, dans un élan de la communauté scientifique internationale. Derrière ce projet se cache le lobby nucléaire qui promettait déjà en 2005 en échange des sommes investies plus de 4.000 emplois créés dans la zone de Cadarache (Bouches-du-Rhône). Cadarache haut lieu sismique, l’endroit rêvé pour construire un complexe de recherche nucléaire…
5 ans après l’octroi du projet – cadeau empoisonné plutôt – à l’Europe, les responsables du projet découvrent à leur grand étonnement la sismicité des lieux transmutant le coût initial du réacteur 5,9 milliards à 7,2 milliards d’euros entre 2007 et 2020 (20% à la seule charge de la France).
Dans un monde financier secoué par la crise, en juillet 2010, seul Pierre Lellouche (député UMP) pouvait s’enorgueillir d’un « Nous allons trouver les réponses financières à donner » avant d’ajouter humblement « pour trouver la source d’énergie de la planète à la fin de ce siècle ».
Ah le lobby nucléaire est très puissant…

A lire: la vision du projet ITER par Jean-Pierre Petit physicien et ancien chercheur au CNRS de Marseille, grand vulgarisateur et pédagogue.
Are OTEC energy islands the answer to our energy needs?

Et pendant ce temps-là, pendant que la France fait joujou avec ses atomes, le monde entier se lance dans la conquête de l’ETM ou énergie thermique des mers ou énergie maréthermique, terme que vous pouvez retrouver en anglais sous l’acronyme Ocean thermal energy conversion. Il consiste « bêtement » à exploiter la différence de température entre des eaux superficielles et profondes pour produire de l’électricité. Un concept aussi vieux qu’Hérode ou presque, puisque déjà le visionnaire Jules Verne en 1869 le mentionnait déjà par la bouche du Capitaine Némo!
La première industrialisation fut l’invention du fondateur d’Air Liquide, l’ingénieur français Georges Claude, qui construisit en 1928 un groupe ETM dans une mine belge. Le procédé consistait à  jouer sur la différence de température entre l’eau chaude d’un circuit de refroidissement d‘un haut fourneau et l’eau froide de la Meuse.
Depuis les scientifiques du monde entier travaillent de concert dans une véritable lutte pour la conquête du marché, car au fur et à mesure des années les obstacles techniques ont été soulevé.

sur le site c'politic