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Crise de l’euro : l’engrenage infernal est en marche

Il a fallu des mois avant que les autorités politiques et financières de la zone euro, s’appuyant sur le FMI ainsi mis à contribution, s’engagent dans l’engrenage infernal de ce qui est présenté de manière inexacte comme une « aide » à l’Etat grec menacé de défaut de paiement, en un mot, de faillite.

Le plan présenté, dont le financement concret est encore....imprécis, tandis que que son montant est plus ou moins fixé, représente un engrenage mortel pour toute la zone euro, d’autant qu’il se présente, selon les informations disponibles, comme une sorte de partenariat inédit Etats-FMI-banques privées des plus dangereux dans sa nature même.

En résumé, des pays eux-mêmes menacés par la crise qui a assailli la Grèce, entendent apporter des fonds à ce pays, alors que leurs propres déficits publics sont dans le rouge et leur économie dans une situation des plus critiques. Au royaume des éclopés, le plus invalide du moment, la Grèce, attire l’argent des autres handicapés. Ce plan a un véritable aspect « Cour des Miracles »....

Les Etats qui vont couler veulent aider celui qui sombre : une histoire de fous racontée par des irresponsables !

Le plan qui est donc annoncé, claironné, plan censé sauver du désastre de l’éclatement la zone euro et l’euro est tout, sauf un plan qui résout un seul problème de fond.

Il est bien sûr facile de se moquer d’un plan qui est bâti sur des financements imprécis et non-détaillées, de plus étalés sur 3 ans comme il est aisé de ridiculiser un plan qui sollicite, gag ultime, les banques privées afin de concourir VOLONTAIREMENT à sa réalisation !!! Ce qui revient à dire aux banques privées de participer à une opération de pseudo-sauvetage alors qu’elles n’y ont d’autre intérêt que les créances qu’elles détiennent, ou non, sur la Grèce.

Mais, cette ironie de bon aloi ferait diversion sur l’essentiel : la zone euro est engagé dans une spirale infernale où se mélangent, de manière de plus en plus explosive, un nouvel accroissement des déficits publics déjà très inquiétants de la plupart des pays de la zone, des menaces de récession majeure du fait des politiques de restriction draconienne du pouvoir d’achat disponible et enfin la faillite totale des objectifs annoncés qui justifiaient l’euro et la zone qui porte son nom, à savoir générer un espace de paix, de prospérité et de progrès social autant qu’économique.

Imaginer l’Espagne, l’Irlande, le Portugal, voire la France, qui est aussi engluée dans une montée exponentielle de ses déficits publics, apporter des milliards d’euros à la Grèce peut sembler à tout esprit sensé une histoire de fous, un acte irresponsable.C’est pourtant ce que les dirigeants politiques annoncent à leurs opinions.

Certes, les économistes les plus cyniques expliqueront avec raison que le plan annoncé récompense d’abord les spéculateurs sur la dette grecque, en cela que ces derniers ont obtenu que la zone euro et le FMI acceptent d’abonder des sommes colossales, prélevées sur des États exsangues financièrement, afin de payer les intérêts élevés obtenus par lesdits spéculateurs sur les emprunts de l’Etat grec !

Ce plan est donc d’abord une victoire des spéculateurs internationaux qui siphonnent ainsi les caisses des États de la zone euro, ou, si l’on préfère, qui réalisent un hold-up légalisé pacifique sur toutes les ressources collectées des pays concernés.

Question subsidiaire : pourquoi, avec ces succès obtenus, les spéculateurs ne continueraient-ils pas à jouer leur propre jeu, en s’attaquant à des Etats affaiblis par ce plan, et d’abord l’Espagne, puis le Portugal, puis l’Irlande, avant les autres ? D’autant que les autorités politiques ne font, avec le plan d’aide à la Grèce, que démontrer leur absence de volonté à juguler les attaques spéculatives, à réguler ce qui est pudiquement appelé « les marchés », à les taxer et à attaquer le mal à sa racine ?

La diagonale du fou ou une solidarité financière vaine et suicidaire.

Le plan concentre une croyance quasi-mystique et essaie de nier les processus réels générés par la crise mondiale : la croyance dogmatique, c’est l’affirmation qu’il faut à tout prix assurer la défense de l’euro et de sa zone, y compris en poussant l’ensemble des États de cette zone dans le gouffre financier sans fond et une crise sociale sans précédent.

Pour prendre une image simple, le paquebot « zone euro » perd chaque jour des milliards d’euros dans son ensemble par 11 trous plus ou moins grands dans sa coque.

L’un est plus grand et menaçant que les autres pour l’instant : la voie d’eau financière grecque.

Pour essayer de colmater cette fuite-là, on va prendre à ce qui alimente les 10 autres trous leurs moyens, ce qui va aggraver et élargir ces 10 autres brèches dans la coque collective. Tout cela dans un contexte où, de plus, les sources qui alimentent les fonds perdus diminuent par suite, non de dépenses publiques trop lourdes, mais de l’insuffisance des recettes fiscales levées et du refus de combattre à sa source la spéculation financière..

D’un autre côté, ce plan, dans ses aspects sociaux visant à abaisser le niveau de vie des populations de la zone euro, est destructeur de ce qu’il prétend sauver. En baissant les dépenses publiques, en affaiblissant ainsi la consommation et le pouvoir d’achat, en poussant à une paupérisation générale en zone euro, tous les mythes fondateurs de l’euro (prospérité, plein emploi, vie meilleure, stabilité des sociétés, protection contre les crises externes, etc...) sont sapés d’un seul coup et la monnaie commune est frappée du rejet populaire qui s’abat sur la cause identifiable des malheurs communs des populations européennes.

Résumons : sur le plan matériel, ce plan ne peut rien régler à terme sur les problèmes de fond, mais il va précipiter la crise de l’euro et de tous les États de la zone. Le problème grave qui frappe l’Etat grec va devenir le problème insurmontable de tous les États, Allemagne inclus.

Sur le plan politique, l’euro et la zone éponyme sont devenus, pour les citoyens européens, avec ce plan et ses déclinaisons nationales de régression sociale inacceptable, les causes évidentes de tous les maux actuels. La monnaie commune va concentrer, cristalliser, structurer contre elle  tous les mécontentements d’une majorité rapidement croissante de citoyens qui refusent un déclin de la société.

Le danger que l’on prétend ainsi combattre par une solidarité aussi vaine que déraisonnable est évident : un retour en force de frictions entre Etats, nourries par les échecs des mesures des gouvernants qui auront affaibli dans leur propre pays leurs marges de manœuvre politique.

Le risque est donc grand de voir surgir des rancunes nationalistes brutales qui seront alors des facteurs de désagrégation politique interne de la zone euro.

De la Grèce à la Belgique, en passant par la France et l’Espagne, la colère sociale gronde en Europe

Toute étude, analyse et réflexion prospective de la crise actuelle de l’euro serait incomplète si les questions sociales dans la zone euro étaient laissées de côté.

La réalité, le poids, la force des mouvements sociaux de révolte collective que tous les observateurs attentifs notent en Europe auront à l’évidence des conséquences sur la situation économique par le biais des décisions politiques qu’elles imposeront inévitablement.

La Grèce est en effervescence sociale : on peut comparer la population grecque à une chaudière sous pression qui peut exploser à tout moment, d’autant que les discours nationalistes des autorités du pays ne peuvent qu’avoir un effet-boomerang dans l’opinion publique grecque contre l’euro et la zone euro, sources apparentes de tous les ennuis du peuple hellène.

En Belgique, il n’y a plus de gouvernement stable et assuré. Et la Belgique, cœur politique de l’Union Européenne et de la zone euro, est au centre de toutes les tensions qui conduisent à la dislocation de ce pays. Son explosion, devenue du domaine du possible, voire du probable, accélérerait de façon foudroyante la fin de la zone euro.

En France et en Espagne, les menaces sur les systèmes de retraite touchent toute la société et posent des questions de fond. Les gouvernements sont affaiblis et déconsidérés.

Peuvent-ils en même temps gérer une récession forte, résister à une révolte massive de la population et continuer à ne pas accroître les ressources fiscales, en les prenant là où est l’argent mobilisable de suite pour sauver les États de la faillite, à savoir dans le portefeuille des grosses entreprises, des banques, des classes sociales les plus aisées ?

Des réponses à toutes ces contradictions dépend l’avenir collectif des peuples de la zone euro.

Quant  à l’euro comme monnaie, certains peuvent s’accrocher à un dogme qui s’écroule. Cela n’empêche pas la marche inéluctable à son effondrement de continuer, le plan commun FMI-UE-BCE- États nationaux conduisant tout droit à ce résultat.

Auteur de l'article

Philippe Vassé

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