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" Être un homme complet, équilibré, c'est une entreprise difficile, mais c'est la seule qui nous soit proposée. Personne ne vous demande d'être autre chose qu'un homme. Un homme, vous entendez. Pas un ange ni un démon. Un homme est une créature qui marche délicatement sur une corde raide, avec intelligence, la conscience et tout ce qui est spirituel à un bout de son balancier, et le corps et l'instinct, et tout ce qui est inconscient, terrestre et mystérieux à l'autre bout. En équilibre. Ce qui est diablement difficile. Et le seul absolu qu'il puisse jamais connaître est l'absolu du parfait équilibre. L'absolu de la parfaite relativité. "

Claude Bernard :

" L'être vivant ne constitue pas une exception à la grande harmonie naturelle qui fait que les choses s'adaptent les unes aux autres ; il ne rompt nulle concorde ; il n'est pas en contradiction ni en lutte avec les forces cosmiques générale. Loin de là, il est un élément du concert universel des choses, et la vie de l'animal, par exemple, n'est qu'un fragment de la vie totale de l'univers. "

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Il lut ces phrases, en oisif d'abord, puis plus soigneusement, puis ils les relut son attention tendue.

" La vie de l'animal n'est qu'un fragment de la vie totale de l'univers "... Des morceaux d'animaux et de plantes devenaient donc des êtres humains. Ce qui était un jour la cuisse d'un mouton, ou des feuilles d'épinards, devenait, un autre jour, partie intégrante de la main qui écrivit, du cerveau qui conçut le mouvement lent de la symphonie de Jupiter. Et un autre jour était venu, où trente-six années de plaisirs, de souffrances, d'appétits, d'amours, de pensées, de musique, avec d'infinies virtualités, non réalisées, de mélodie et d'harmonie, avaient fumé un coin inconnu d'un cimetière de Vienne, pour qu'elles se transformassent en herbe et en pissenlit, qui, à leur tour, avaient été transformés en moutons, dont les cuisses avaient à leur tour été transformées en d'autres musiciens, dont le corps, à son tour...

Tout cela était évident, mais pour Lord Edward ce fut une révélation. Soudain et pour la première fois il eut conscience de sa solidarité avec le monde. Cet éveil à la conscience était une chose extraordinairement passionnante. Ses pensées étaient confuses, mais elles formaient un amas brillant et vif, non plus terne et languissamment brumeux comme d'habitude...

Aldous Huxley ( Contrepoint )