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L'actualité fournit des nouvelles surprenantes :

En 2000, s'est tenue à Washington une réunion du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Des milliers de manifestants étaient venus dire leur rejet de la politique de ces deux organisations et la police en avait intercepté 680 qu'elle avait transportés en car en dehors de la ville et maintenus plusieurs heures en détention, certains même avaient été menottés. Vous allez dire : c'est ce qu'il nous annonçaient comme nouvelle surprenante ? D'abord, ça remonte à neuf ans, ensuite on voit ça tous les jours chez nous. Attendez, lecteur impatient.

Neuf ans plus tard, l'association Partnership for Civil Justice vient de passer à leur sujet un accord avec les autorités fédérales. Les 680, acceptant de renoncer à un recours, se partageront une indemnité de 13,7 millions de dollars, une paille en regard du train de vie du ménage Berlusconi ( sa femme réclame trois millions et demi de pension par mois, pour tenir son rang... ) mais vous imaginez ça, en France, des manifestants abusivement retenus par la police et à qui on offrirait des millions d'euros à se partager pour s'excuser de les avoir dérangés ? La démocratie américaine, c'est quand même quelque chose.

Vous savez quoi ? Voilà quelques semaines, la même association avait obtenu 450 000 dollars, à se partager entre huit personnes interpellées à l'occasion d'une manifestation de 2002 contre la guerre en Irak et que la police s'était permis d'interroger sur leurs idées politiques et leurs croyances religieuses. On croit rêver, non ? Sans doute est-on sur un nuage.

Redescendons sous Sarkozy. Des publicitaires avaient annoncé que des milliers de billets de banque seraient lancés en l'air au pied de la tour Eiffel. Des milliers de citoyens, qui ne comptent pas leurs euros par millions mais un à un, s'étaient déplacés pour les attraper au vol ou se baisser pour les ramasser. Ils étaient venus si nombreux, ces gens dans le besoin, que les organisateurs avaient pris peur et renoncé à la distribution. D'où la colère de certains, de s'être déplacés pour rien, de se sentir méprisés, et ils avaient cassé des vitrines et des voitures aux alentours du Champ-de-Mars, quartier fort chic qui n'aime pas qu'on s'y conduise comme s'il était un quartier pauvre. Notre Sarkozy a sauté sur l'occasion.

Cette distribution d'argent, s'est-il écrié au Perreux (94), le 24 novembre, dans une réunion publique, " as-t-on vu quelque chose de plus choquant ? " Se tournant alors vers le ministre de la justice : " Le régime juridique des manifestations remonte à 1935 et n'a pas été changé depuis. Est-ce qu'il n'y aurait pas matière à un petit toilettage ? On ne voit vraiment pas le rapport avec cette annonce de distribution d'argent et lui, qui doit avoir une idée derrière la tête, de lâcher cette précision, normalement totalement inutile, que cependant " chacun doit pouvoir dire ce qu'il pense ". En Amérique, on vous donne de l'argent parce qu'on vous a empêché de manifester. En France, comme on ne vous a pas donné d'argent, le président en prend aussitôt prétexte pour parler de revoir le droit à manifestation.

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