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Courage d'une femme, ça se passe au Soudan.

Des coups de fouets pour un vêtement " indécent ". Le nom de Lubna Hussein a fait le tour du monde, synonyme du combat pour les droits civiques dans un pays où règne la charia.

En 2008, dans la seule région de Khartoum, 43000 femmes ont été arrêtées pour des raisons vestimentaires, nulle part définies par la loi. C'est le règne de la terreur et de l'arbitraire ! Qu'est devenue cette Nubie qui célébrait ses reines ?

En ce vendredi de prière, dernier jour d'octobre, les rues sont presque désertes. Avant le coucher du soleil, Lubna nous conduit pour quelques clichés vers l'une des marchandes de thé installées sous les arbres des trottoirs en sable de Khartoum. Quand soudain un homme vêtu de la robe blanche traditionnelle s'approche en vociférant. Face à l'impressionnante jeune femme, l'homme exhibe nerveusement une carte officielle extraite de sa poche, se targue d'être colonel, et donne l'alerte. Une patrouille accourt aussitôt. Lubna était visiblement attendue. " Tu as diffamé l'islam et le Soudan. Cette fois tu ne t'en sortiras pas ! " lui crient les hommes surexcités. Embarquée sans ménagement dans une camionnette, avec le photographe sur lequel pleuvent les coups, elle ne ressortira que trois heures plus tard. La police n'est pourtant sensée arrêter les hommes qu'en cas de crime grave le jour d'Allah. Il faut croire que se trouver avec Lubna Hussein constitue déjà un crime grave à leurs yeux. Lequel ? Complicité de port de pantalon ?

C'est en effet par cet habit que la journaliste de 35 ans, réputée au Soudan pour sa plume bien trempée, s'est fait connaître du monde entier. Arrêtée le 3 juillet, avec douze autres femmes en pantalon, elle encourt une peine de quarante coups de fouets pour " tenue indécente ". Si la plupart des malheureuses acceptent de subir immédiatement leur sentence, après un jugement expéditif dans les sinistres tribunaux de l'ordre public, Lubna Hussein, elle, réclame un vrai procès. Elle renonce pour cela à l'immunité que lui confère son poste à la communication de l'ONU, et distribue aux médias et aux politiques une invitation générale... à sa flagellation. " L'affaire Lubna Hussein " est lancée.

" J'avais poussé un cri mais je ne pensais pas être entendue aussi loin "...

Des lois et de la charia :

" Nos lois, si on peut les appeler des lois, ne se limitent pas à l'article 152 du code pénal de 1991, qui tarifie le port du pantalon à quarante coups de fouet. Il existe tant d'autres articles... sur la manière de couper le nez, d'amputer la jambe, de trancher le sexe, de casser le bras ! L'article 148 punit les homosexuels de cent coups de fouet, exactement le même " prix " que pour les violeurs, soit " deux pantalons et demi ". Quant au tarif de l'amour entre deux adultes consentants mais non mariés, il est très élevé : la lapidation. L'article 154 est très étrange : il considère que tous les hommes et toutes les femmes présents dans un même lieu sans être liés par le mariage ou par le sang sont en état de péché, dans la mesure où l'un des hommes " pourrait pratiquer un acte sexuel ". Mais là, nous sommes aux confins de l'absurde. Au royaume d'Ubu. "

L'excision :

" J"avais 7 ans quand j'ai été excisée. J'ai eu mal. terriblement mal. Les semaines ont passé, j'ai été à mon tour l'accompagnatrice de l'amie qui m'avait assistée pendant mes dix jours de souffrances. Au lendemain de son excision, la plaie a cédé... Un mois plus tard, mon amie est morte. Morte d'avoir été excisée. Cette coutume perdure dans mon pays... Certains prétendent que l'islam l'exige ; nul n'a jamais réussi à trouver la moindre ligne dans le Coran ni dans les hadiths, les dires du Prophète, pour assoir cette affirmation. "

La femme :

" Des lois et des fatwas viennent chaque jour accroître son inégalité. Je pense ainsi à ce nouveau contrat de mariage, dit " le mariage avec cessation des droits ", en vertu duquel l'homme n'a aucune obligation matérielle envers son épouse : elle vit chez ses parents, elle se nourrie par eux, lui, souvent polygame, la rencontre quand il le souhaite... On nous dit que ces coutumes, a fortiori leur charia, répondent à la volonté d'Allah. Que vient donc faire la religion dans cette galère ? "

Je ne combat pas la religion. Je suis croyante, mais cela ne regarde que mon Dieu et moi. " L'Etat ne devrait pas s'occuper de faire entrer les gens au paradis mais les enfants à l'école.


Extrait de " 40 Coups de fouets pour un pantalon ", par Lubna Ahmad al-Hussein