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Christian BOBIN Les ruines du ciel :


Lire et écrire sont deux points de résistance à l'absolutisme du monde.

Les livres sont la résidence secondaire de l'âme.

L'art de vivre consiste à garder intact le sentiment de la vie et à ne jamais déserter le point d'émerveillement et de sidération qui seul permet à l'âme de voir.

Chaque jour a son poison et, pour qui sait voir, son antidote.

Chacun de nous porte au fond de lui un Dieu que les autres dieux qu'il croise ignore.

Deux sortes de paradis : venir en aide à quelqu'un et lire un livre.

Cette étrange gaité sans laquelle rien de vrai ne peut se faire.

Avant d'ouvrir les yeux j'ai entendu l'applaudissement de la pluie contre les volets.

La sainteté c'est juste de ne pas faire vivre le mal qu'on a en soi.

Chacun de nous est un porteur d'icône et garde près de lui la trace d'une joie plus grande que la vie. L'icône avec le temps s'abîme. Son porteur disparaît. La joie reçue demeure un brin d'herbe en or dans la nuit des mondes.

Chacune de nos joies est une figure d'un vitrail. Notre mort est le plomb qui fait tenir l'ensemble.

La vie a besoin de livres comme les nuages ont besoin des flaques d'eau pour s'y mirer et s'y reconnaître.

La page est une maison dont il faut inlassablement aérer chaque chambre, changer ici l'eau des fleurs,remettre là des draps frais, rendre chaque phrase accueillante pour l'âme harassée par un long voyage.

Parfois quelqu'un vous donne à manger en une seconde pour votre vie entière.

Quelle que soit la personne que tu regardes, sache qu'elle a déjà plusieurs fois traversé l'enfer.

Après les nuages, ce qu'il y a de plus beau au monde c'est un livre.

La main de la mère relevant avec nonchalance une mèche de cheveux sur le front de son enfant lègue à celui-ci une douceur qu'une vie entière n'épuisera pas.

Il y a quelque chose d'inguérissable qui traverse chaque vie de part en part et n'empêche ni la joie ni l'amour.

Il n'y a rien de plus beau à voir dans cette vie que les gens et la couronne qu'ils portent de travers sur leur tête, sans la connaître.

Je demande à un livre qu'il me donne du courage et ne me trompe sur rien.

Les livres sont des bougies allumées que nous rapprochons de notre visage. La cire brûlante des mots coulant sur l'âme la tire du mortifère sommeil du monde.

Une ville n'est jamais plus belle que dans ce qu'elle a de fatigué.

Le saint est celui qui avance précédé par la seule idée qu'il se fait de Dieu- un amandier en fleur qui vient à notre rencontre.

Dieu connaît alors ce fragile bonheur du petit enfant près de sa mère qui coud.

Pas de joie plus grande que de trouver le mot juste,  c'est comme venir au secours d'un ange qui bégaie.

Je suis vivant, assis devant une table en bois, je regarde la lumière pleuvoir sur le jardin-qu'irais-je demander d'autre ?

Nous avons quelques secondes pour devenir des saints ou des diables, pas plus.

La lassitude est le seul péché mortel.

Quelque chose se tient constamment à nos côtés,prêt à nous aider.

Je compris que rien n'étais jamais impardonnable, et qu'il était insensé d'en vouloir à qui que ce soit dans cette vie où ne se trouvent que des enfants dont le cœur bleuit de froid à la tombée du jour.

La pluie si belle avec son insouci de plaire et la fièvre de ses longs yeux gris.

Le tilleul devant la fenêtre de la rue Traversière au Creusot- un monastère frémissant de prières parfumées.

La poésie est la greffe d'un nom sur un autre issu d'un domaine différent, les deux s'enflammant de se découvrir brutalement mariés.

Il faut des hommes pour tout, pour conduire les chevaux comme pour nommer les étoiles. Chacun est nécessaire et parle de son domaine avec des mots si précis que ce sont à son insu des mots de poète.

Sur le trottoir devant la maison de retraite de Birmingham deux fauteuils rouges crevassés attendaient d'être emportés. Quelques feuilles mortes s'étaient posées dessus.

" Dans la cour de la petite école un tilleul vieillissant jette l'or de son feuillage sur un chagrin d'enfant,empêchant la mélancolie d'accomplir son œuvre assassine." Christian Bobin

Et :

"Toutes nos qualités sont incertaines et douteuses en bien comme en mal, et elles sont presque toutes à la merci des occasions" La Rochefoucaud

 

Remerciements à ma cousine pour cet auteur qu'elle me fait découvrir et à Pierre Souchier, le journaliste humaniste pour sa belle mésange !