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My, la petite fille de la photo, 8 juin 1972.

 

My, surnom donné par les soldats Américains aux jeunes Vietnamiennes, jouait sur deux des multiples sens du mot : " Amérique " et " belle ". C'était aussi le surnom choisi par Tung et Nu à la naissance de leur fille kim Phuc, si menue et fragile, car il signifiait aussi " chaton nouveau-né "...

   Kim Phuc fut touchée dans le dos avec une telle force qu'elle tomba face contre terre. Curieusement, elle n'éprouva aucune crainte, seulement de la curiosité, comme lorsqu'elle s'était retournée pour regarder l'avion lâcher ses bombes. Elle ne comprit ce qui lui arrivait qu'en voyant les flammes l'envelopper. Alors elle eut peur. Instinctivement, elle se releva, tira sur ses vêtements en feu - comme elle l'aurait fait un jour de canicule - et ils partirent en lambeau. Son premier souvenir conscient fut le spectacle des flammes léchant son bras gauche, taché, taché par une affreuse substance brunâtre. Alors qu'elle essayait de l'enlever, elle hurla de douleur : les flammes avaient gagné sa paume droite.
Kim Phuc sut qu'elle était gravement brûlée. Elle avait reçu du napalm sur le haut du corps, sa queue de cheval avait grillé ; des brûlures recouvraient son cou, son bras gauche et la plus grande partie du dos. De son corps brûlant se détachait des lambeaux de chair rose et noir. Elle demandait de l'eau et quelqu'un porta une gourde à ses lèvres...

La bombe a été lâché par un Skyraider de l'armée sud-vietnamienne, avec du napalm américain sur une route sud-vietnamienne : toute guerre a ses bavures, où l'un des camps tue ses propres soldats ou civils.

Kim Phuc a neuf ans et il y aura des milliers d'autres Kim Phuc dont les corps resteront à jamais marqués par le napalm. De l'avis des médecins occidentaux présent au Sud-Vietnam, la guerre avait fait au moins cent mille petites victimes ayant besoin de chirurgie réparatrice...

Guerre du Vietnam, complexe, ambigüe, accompagnée de la souffrance d'un peuple en détresse, pris dans l'étau des deux camps. Un pays exsangue, dévasté, vite oublié des médias et du reste du monde.

Et pourtant, sans rancune contre le pays qui leur a largué bombes, napalm et agent orange !

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