charlottecorday1111

    "Mon devoir me suffit, tout le reste n’est rien"  

" O ma patrie ! Tes infortunes déchirent mon cœur, je ne puis t’offrir que ma vie. "   

 

" J’ai rempli ma tâche Les autres feront le reste. " 

" Pardonnez-moi, mon cher papa, d’avoir disposé de mon existence sans votre permission. J’ai vengé bien d’innocentes victimes, j’ai prévenu bien d’autres désastres. Le peuple, un jour désabusé, se réjouira d’être délivré d’un tyran. Si j’ai cherché à vous persuader que je passais en Angleterre, c’est que j’espérais garder l’incognito, mais j’en ai reconnu l’impossibilité. J’espère que vous ne serez point tourmenté. (...)J’ai pris pour défenseur Doulcet : un tel attentat ne permet nulle défense, c’est pour la forme. Adieu mon cher papa, je vous prie de m’oublier, ou plutôt de vous réjouir de mon sort, la cause en est belle. J’embrasse ma soeur que j’aime de tout mon cœur, ainsi que tous mes parents. N’oubliez pas ce vers de [Thomas] Corneille : "Le crime fait la honte et non pas l’échafaud."

 

Aux prisons de l'Abbaye,

" Après une nuit moins bonne que la précédente, nous voici au jour enfin levé. Ma fenêtre donne au-dessus de la sentinelle qui garde la porte de la prison. Toute la nuit, j'ai entendu crier : " Qui vive ! Tue ! Brigadier ! Patrouille ! ", au point que je ne sais si j'ai été cent fois réveillée, ou si je n'ai pu m'endormir. A ce méchant repos, on vient de joindre une mauvaise nouvelle. Lavacquerie ( le concierge) a profité de la relève de mes gardes pour m'annoncer que mon jugement serait repoussé au-delà des funérailles de l'idole que l'on doit porter en terre avant de régler mon sort. Je trouve cet ordre de préséance peu convenable, car, enfin, Marat est mort, il pouvait attendre ! Pourquoi ses zélateurs n'ont-ils pas sur le champ acquitté leur vengeance, et comment peuvent-ils souffrir que je vive alors que leur dieu n'est plus ? Dans les temps anciens, c'était dans l'instant même, qu'on savait sacrifier l'ennemi aux mânes d'un grand homme, mais ces Parisiens ne savent pas honorer leurs morts.

En me donnant la nouvelle, le pauvre Lavacquerie se croyait porteur d'un bon message. Je me suis efforcée de ne pas le décevoir, mais le coup est dur. Croit-il donc que j'attache tant de prix à quelques heures de grâce ? Ah ! mon amie, il est trop vrai que c'est la fin qui couronne l'œuvre, et plus les derniers moments s'éloignent, moins je peux en répondre. Je savais que l'énergie la mieux trempée s'use dans certaines conditions, et c'est pourquoi j'avais calculé que mon châtiment suive immédiatement mon crime. Mon projet était d'atteindre Marat publiquement, afin de mourir aussitôt sous la colère du peuple et de laisser ignorer mon nom. J'ai eu à Caen d'assez bons exemples pour connaître ce que l'emportement des foules laisse des objets tombés en sa fureur.

La certitude d'une prompte et totale disparition m'avait fait écrire à mon père, lors de mon départ, que je me décidais à passer en Angleterre. Il n'aurait pas été plus soucieux de moi qu'il ne l'est de ses fils, perdus en émigration, ou de son frère qui a dû chercher son salut dans la fuite. Je crains maintenant que l'on n'aille inquiéter ma famille ou mes amis. C'est que, voyez-vous, on est si bons républicains ici, que l'on ne conçoit pas qu'une femme seule puisse se sacrifier pour son pays. On cherche qui a armé son bras. Il faudra pourtant reconnaître que nul n'était au courant de mon projet. Mon secret n'était pas de ceux qui se chuchotent et, si je n'avais pas eu la force de le porter, il ne fallait pas songer avoir celle de l'exécuter. Je comprends cependant que l'on ne soit guère content de n'avoir qu'une fille sans conséquence à offrir à la colère de ceux que j'ai désolés. On rêve de grands complots. Dans la pièce où se fit mon arrestation, Chabot avait l'air d'un fou, il cherchait des conspirateurs jusque sous les meubles. Quand à Legendre, il était certain de m'avoir vu le matin, chez lui, dans le but d'attenter à sa vie. Je lui ai dit tout net que je n'avais jamais pensé à lui, ne lui croyant pas d'assez grands moyens pour être le tyran de son pays, et que d'ailleurs, je ne prétendais pas punir tout le monde. Mais que ces hommes sont donc petits !

Et que j'ai hâte de ne plus respirer sous leur bon plaisir ! Pour le moment ces tyranneaux commandent, et il leur plaît de me faire attendre. Eh bien, j'attendrai, ne serait-ce que pour ne pas leur donner le plaisir d'avoir usé ma patience. Grâce au Ciel, je suis ainsi faite que ce qui rebuterait tout autre ne fait que m'obstiner davantage. Au reste, ce ne pourra être bien long, et je dois pouvoir compter sur leur propre impatience... "

 

"On ne meurt qu’une fois."

 

... Les observateurs sérieux qui la suivirent jusqu’aux derniers moments, gens de lettres, médecins, furent frappés d’une chose rare : les condamnés les plus fermes se soutenaient par l’animation, soit par des chants patriotiques, soit par un appel redoutable qu’ils lançaient à leurs ennemis. Elle montra un calme parfait, parmi les cris de la foule, une sérénité grave et simple ; elle arriva à la place dans une majesté singulière, et comme transformée dans l’auréole du couchant...



Catherine Decours (la lettre à Alexandrine)

marat